Voyage

Erasmus : gérer le manque et l’éloignement ?

Je n’avais jamais réalisé combien il était important d’avoir une vie sociale riche avant de partir en Suède. Après une année passée loin des miens, une année où j’ai eu l’impression d’être l’ombre de moi-même, une année passée en grande partie dans l’isolement et la solitude (avec pour unique compagnie mon amie et coloc, Sarah, sans qui je ne sais pas comment j’aurais pu vivre cette année), j’ai pu réaliser ce qui était vraiment essentiel pour moi.

– J’ai pu réaliser combien mes amis, bien qu’éloignés et peu nombreux, m’apportent énormément quand je les vois. Combien un petit restaurant avec un groupe d’amis ou une soirée entre étudiants peut permettre de décompresser. Combien la possibilité d’aller prendre un café avec une amie donne tout son sens au fait de vivre en ville.

– J’ai aussi réalisé à quel point savoir qu’on a la possibilité de faire certaines choses, comme rentrer voir sa mère sur un coup de tête, se ressourcer dans la maison de son enfance ou bien organiser une sortie avec ses proches à la dernière minute permet de se sentir entouré.

– J’ai compris combien cela rendait libre d’avoir une voiture, ou à défaut, de vivre avec des proches qui en ont une, et pouvoir organiser des sorties en tout genre sans se soucier des transports.

– J’ai réalisé combien c’était plus difficile de faire des vidéos régulièrement quand on avait beaucoup de contraintes matérielles.

– J’ai réalisé combien j’aimais peindre des toiles et combien ça me manquait d’avoir tout mon matériel, combien je rêvais d’avoir un atelier créatif.

– J’ai réalisé combien le manque peut nous faire nous sentir vide, nous ôter toute inspiration et toute motivation, nous faire nous perdre nous-mêmes, si on ne parvient pas à le combler.

Cette liste est non exhaustive.
À Stockholm, j’avais laissé de côté beaucoup, beaucoup, beaucoup des éléments qui constituaient mon équilibre, mon confort et mon bonheur, mais sans vraiment trouver de quoi les remplacer. Mon bonheur là-bas résidait majoritairement dans :
– L’exploration, les visites, la beauté de la ville et des paysages, l’accès facile à de nombreux lieux variés en transport en commun
– Le confort du campus avec sa super connexion internet, sa salle de sport au top, le lac avoisinant et les salles aménagées où je passais des journées entières à travailler.
– La découverte de la culture suédoise.

C’est déjà formidable, mais tout de même limité : nous connaissons tous la citation du film Into the Wild, « hapiness only real when shared ».
Jamais, jamais je n’aurais pensé vraiment en comprendre le sens, moi qui avait tendance à trouver le bonheur et la plénitude dans la solitude. Et pourtant, à Stockholm, combien j’aurais donné pour partager mes explorations hivernales solitaires ? Prendre une boisson chaude avec une personne que j’aime dans un des cafés cosy de Stockholm ? Partir me perdre en forêt avec une amie ? Visiter les musées accompagnée ? Rejoindre des amies à mon cours de yoga plutôt qu’y aller seule ? Inviter des proches à manger chez moi, ou passer une petite soirée ?
Évidemment, j’ai eu de la visite, j’ai pu passer des moments avec des gens. Mais recevoir un invité une semaine chez soi, ce n’est pas de tout repos, et c’est intense : dans ces moments, mon besoin d’avoir ma petite bulle de solitude quotidienne se faisait vite sentir. Ça n’a donc rien à voir avec le fait d’avoir des amis sur place à qui on peut proposer ces activités à la dernière minute, régulièrement, sans forcément s’organiser à l’avance. Quand aux connaissances que j’avais à Stockholm, le courant ne passait pas forcément suffisamment, je ne partageais pas assez avec eux.
Aujourd’hui, en France, je savoure mes moments passés entre amis plus que jamais. Et pourtant, je suis toujours aussi solitaire, mais j’ai quand même pris conscience de l’importance d’une vie sociale enrichissante.

Cette expérience m’a fait remettre en question certaines de mes certitudes sur le bonheur. Je pense toujours que l’on trouve le bonheur en soi-même, mais que l’absence de certains éléments dans notre vie peut être un réel frein à l’épanouissement (je le savais pour la santé, mais c’est vrai pour bien d’autres choses, finalement). D’où l’importance de vraiment se connaître soi-même, d’apprendre à reconnaître ce qui est bon pour nous et ce qui ne l’est pas, et donner son temps et ses efforts dans ce qui en vaut réellement la peine.
Mais cette expérience m’a aussi et surtout fait prendre conscience de la chance que j’avais de pouvoir profiter à présent de toutes ces choses qui m’ont manquées, et me font prendre conscience de la valeur qu’ont la famille, les belles amitiés, la possibilité d’avoir du matériel artistique/créatif et un accès aux livres et à la culture. Il faut parfois être privé des choses vraiment importantes pour apprendre à réellement les savourer.

J’espère que cette vidéo te plaira !

 

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