Voyage

Erasmus (partie I) : Isolement / L’enfer du logement en Suède

Je n’ai jamais trop aimé les études. En fait, j’adore apprendre, je m’intéresse absolument à tout, mais je n’aime apprendre que par moi-même. Je déteste les devoirs, les examens, car pour moi cela nuit à mon plaisir d’apprendre, en le rendant contraignant. Mais je me suis lancée dans des études de Lettres modernes après avoir renoncé, suite à un burn out, au cours Florent à Paris.

Encore une fois, j’ai retrouvé la même difficulté : moi qui adore les livres, le fait de devoir lire tel livre pour telle date faisait que j’y prenais beaucoup moins de plaisir, et résultat je n’ai jamais aussi peu lu que depuis que je suis en lettres. Mais j’ai poursuivis mes études, car je voulais obtenir cette licence, même si je ne savais pas encore avec certitude ce que j’en ferai. Plus les semestres passaient, plus je m’ennuyais et moins j’avais de plaisir en cours, alors Erasmus était pour moi le parfait compromis : ce serait un peu comme une récompense pour avoir eu mes deux premières années, et pour mêler le plaisir du voyage à cette troisième et dernière année.

De plus, j’adore les langues, et avoir fait Erasmus est quand même un atout dans le monde professionnel, je pense. Alors, l’année dernière, j’ai postulé pour différentes université, car il fallait mettre trois choix différents, mais je n’en avais qu’une seule en tête : Stockholm. Je rêvais d’aller en Scandinavie depuis toujours, alors j’étais prête à tout pour obtenir cette destination. J’ai commencé à lire des auteurs suédois, à apprendre la langue en autodidacte, à me renseigner sur la culture du pays… Cela ne m’a pas servi pour ma candidature, finalement, car nous n’étions que trois à demander la place, et je pense que je l’aurais obtenue dans tous les cas car j’étais celle qui avais les meilleurs résultats, notamment en langue vivante. Mais je ne regrette pas de l’avoir fait, car c’était enrichissant, et je connaissais un peu plus la culture de ce pays où j’allais vivre un an. Je n’ai finalement pas suffisamment travaillé pour pouvoir parler suédois, et surtout, j’ai réalisé que les suédois étaient assez inaccessibles et donc que j’avais beaucoup plus d’opportunités de parler anglais que suédois : ça m’a un peu démotivée à apprendre la langue si je ne pouvais pas trop la pratiquer. Mais les quelques bases que j’avais m’ont tout de même servies, et beaucoup de choses m’étaient déjà familières quand je suis arrivée ici.

Je pense que le plus gros des aspects négatifs d’Erasmus se situe avant le départ. Les trois ou quatre mois précédant la rentrée, passé le stress de savoir si ma candidature était validée, il y avait beaucoup de choses à faire (sur le plan administratif, mais aussi préparer mon départ, mon inscription, chercher un logement…) on était vraiment peu accompagnés, très livrés à nous même, et moi qui ai toujours eu un peu de mal avec l’administratif, c’était assez difficile. Mais le pire, c’était pour le logement. Je n’avais pas pris de logement étudiant, pensant que trouver un logement par moi-même ne serait pas plus compliqué qu’en France, mais j’ai appris seulement après qu’il y avait une véritable crise immobilière en Suède. Tous les logements se louent en seconde main, à prix très élevés, car il y a une demande énorme. Le seul moyen d’avoir un logement par le biais d’une agence est de s’inscrire sur une liste d’attente qui est longue de parfois dix, voire vingt ans selon l’emplacement. Avant d’arriver sur place, j’avais essayé de chercher des logements en passant par différents sites, mais je n’avais aucun résultat, je ne me rendais pas bien compte des distances par rapport à Stockholm, je tournais en rond et cela ne faisait que m’angoisser davantage. Alors j’ai décidé de faire confiance au destin, et j’ai laissé ça de côté.

Arrivée au mois d’août avec mon amie Sarah qui faisait Erasmus avec moi, ne sachant que très tard quand débutaient les cours, je n’avais pas de billets d’avion, et je ne voulais pas dépenser une fortune pour ça, car un billet de dernière minute en plein mois d’août aurait coûté très cher. C’est ainsi que nous avons décidé avec Sarah de partir en stop. J’ai fait une vidéo qui retrace notre périple.
Arrivées sur place, nous avons logé chez l’habitant en faisant du Couchsurfing, et nous avons passé nos journées entières pendant 4 jours (même si cela m’a semblé dix fois plus long) dans des cafés, pour profiter du wifi pour chercher un logement.
Nous avons finalement réussi à trouver, mais à condition de faire quelques compromis que je t’explique dans ma vidéo en fin d’article.

Finalement, cette expérience assez peu conventionnelle pour un départ Erasmus m’a rappelée combien on trouvait quasiment toujours une solution à chaque problème, et je me suis rendue compte que j’aimais beaucoup vivre ainsi, au jour le jour, et je regrettais de m’être autant tracassée en amont. Les difficultés que nous avons rencontrées ensuite étaient plus d’ordre administratifs : on ne comprenait pas grand chose au site de l’université, qui a un fonctionnement peu intuitif à mon goût (au bout d’un mois, je commençais seulement à le maîtriser un peu), et donc nous avions eu du mal à choisir nos cours, à comprendre comment ça allait se passer, etc. Mais la réunion d’accueil nous a soulagée du poids de la plupart des interrogations que nous avions, et je commençai alors à souffler. L’ambiance était assez dingue et c’était vraiment très différent de mon campus en France !

Les cours ont commencé alors, et puisque j’étudiais les lettres modernes en France, je me suis retrouvée dans le département de littérature française, et j’avais donc des cours… en français. Ma première grosse surprise était de n’avoir que 8 heures de cours par semaine. Mais j’ai vite compris que le travail personnel demandé dépassait de loin tout ce que j’avais pu connaître au cours de ma scolarité, ce temps gagné était donc loin d’être du temps libre, mais ça me convenait bien, moi qui préfère le travail individuel et qui n’aime pas trop les cours.

Le campus était génial, je m’y suis directement sentie bien, et j’y passais mes journées entières pour travailler quand je n’étais pas en train de voyager ou d’explorer les environs. Le rythme était intense mais le niveau largement accessible, donc je ne me faisais aucun soucis pour la réussite de cette année, du moment que j’étais rigoureuse et que je gardais une très bonne organisation. A vrai dire, c’est la première fois de ma vie que je me suis sentie studieuse, car en France, j’arrivais toujours à me débrouiller pour tout faire la veille des examens, ce qui n’était pas possible en Suède.

Voici donc comment s’est déroulé mon arrivée en Suède, et comment étaient mes premières impressions. Dans cette première vidéo, je te raconte comment s’est passé la suite et les deux principales difficultés que j’ai rencontré sur place : l’isolement, et les difficultés que j’ai eu avec ce fameux logement trouvé par chance à la dernière minute.

En ce qui concerne l’isolement, voici certains points que je n’ai pas vraiment détaillé mais qui me semblent importants :

– les suédois sont très peu accessibles comme je l’ai dis plus tôt. Ils sont très gentils mais il est difficile de les rencontrer et faire connaissances avec eux. De l’extérieur, ils peuvent donner une impression un peu fermée et snob, alors que ce n’est généralement pas le cas : c’est plus, de ce que j’ai pu voir, une sorte de réserve, d’effacement vis-à-vis des inconnus et particulièrement les étrangers (surtout si on ne parle pas suédois). Donc, en temps qu’expatrié ou étudiant en échange, il est très difficile d’en rencontrer, à moins d’avoir de la chance, et de parler suédois de préférence, et cela peut prendre beaucoup de temps et demander une très bonne intégration dans la société et la culture suédoise. Autrement, on rencontre quasiment uniquement d’autres Erasmus ou d’autres expatriés.

– Je l’ai évoqué rapidement, mais j’ai aussi des petits soucis d’anxiété sociale qui m’ont freinée dans ma recherche de nouvelles personnes. J’ai la mauvaise habitude de m’isoler pas mal, donc arriver dans une nouvelle ville et un nouveau pays n’est pas une situation facile pour moi : ça demande de vraiment faire des efforts pour se sociabiliser afin de créer des liens et les entretenir.

– De plus, j’ai tellement fait des rencontres incroyables juste avant de partir dans un milieu qui me correspondait (les picnics zéro déchets) que ça avait mis la barre très haute, et je me retrouvais moins dans les personnes que je croisais par la suite ; c’était moins facile de trouver des gens hypersensibles etc et intéressés par les mêmes sujets que moi et j’avais un peu de mal à l’accepter puisque je m’étais habituée à ça pendant tout l’été.
Mais en soi, être capable de créer du lien avec tout type de personne est une preuve de grandeur, de sagesse, d’ouverture et j’ai compris cette année que j’en étais encore loin : il ne tient qu’à moi de travailler dessus. Mais quand on est plutôt solitaire, on a du mal à consacrer beaucoup de temps et d’effort là dessus… Même si mes expériences de voyage m’ont fait pas mal grandir et avancer sur ce point, c’était plus facile car c’est momentané les voyages. En Erasmus, ça devient la vie quotidienne donc il faut appliquer ça au long terme et c’est là que ça devient plus difficile pour moi… Globalement, je vois rarement les gens que j’aime et ce sont des gens assez solitaires comme moi donc c’est plus facile de créer du lien comme ça. S’ils étaient des gens qui voulaient me voir souvent, sortir beaucoup, etc, pour entretenir notre amitié, ce serait plus compliqué, je ne me sens pas adaptée à ça…

– Enfin, concernant les deux soucis évoqués, il est évident que vivre en résidence universitaire aurait été une solution qui évite tout cela. Mais nous n’en avons pas eu pour différentes raison : mes difficultés avec les démarches administratives m’ont fait prendre un peu de retard dans l’organisation de mon départ, j’avais quelques réticences assez inconscientes à être en résidence universitaire et partager une cuisine, etc, avec d’autres personnes (à cause du besoin de solitude que crée justement mon anxiété sociale), et lorsque j’ai compris la situation pour se loger à Stockholm, il était déjà trop tard. Enfin, les places sont limitées et insuffisantes pour l’accueil de tous les élèves étrangers.

 

C’est à peu près tout, si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas ! J’espère que la vidéo vous plaira.

 

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